Le cabinet Fosway Group, référence européenne de l'analyse du marché HR et learning, a publié la série d'infographies "Digital Learning Realities 2026" consacrée à l'IA dans la formation. Quatre volets : les attentes, l'adoption, l'impact sur les investissements et l'efficacité réelle. Nous les avons analysés bout à bout, et une histoire cohérente s'en dégage : l'IA est en train d'industrialiser la production de formation. Ce faisant, elle déplace la valeur ailleurs. Voici où.
Des attentes qui explosent : l'IA est devenue LE disrupteur du L&D
Premier volet, premier choc : 39 % des équipes L&D s'attendent à ce que l'IA ait un impact fort ou très fort sur leur fonction dans l'année à venir. Ce chiffre a quasiment doublé en un an. Au total, près de 75 % anticipent une disruption significative de leur équipe et de leurs opérations.
Fosway note pourtant un scepticisme persistant sur les promesses de l'IA. Mais le rapport de force est clair : les répondants sont deux fois plus nombreux à croire que l'IA tiendra ses promesses qu'à la juger survendue. Conséquence directe côté achats : les équipes L&D scrutent désormais les roadmaps IA de leurs fournisseurs pour évaluer leur viabilité à long terme. Le choix d'une plateforme de formation est devenu un pari sur la capacité d'innovation IA de son éditeur.
L'adoption décolle sur la production... et le coaching IA pourrait tout changer
Deuxième volet : où l'IA est-elle réellement utilisée aujourd'hui ? Trois usages dominent nettement : la génération de médias (plus d'une équipe sur deux l'utilise déjà), la traduction et la conception pédagogique assistée par IA, qui bondit à la troisième place des usages, devant les fonctions IA des LMS et LXP.
Le signal faible à surveiller de près : le coaching par IA. Plus d'une équipe L&D sur quatre le pilote actuellement. Fosway avance une hypothèse audacieuse : si ces pilotes réussissent, les coachs IA pourraient supplanter le LMS et la LXP comme point d'entrée principal de l'expérience d'apprentissage. Comme les moteurs de recherche qui répondent désormais directement sans renvoyer vers les sites, les plateformes de formation risquent la désintermédiation : reléguées au rang de back-office derrière une interface conversationnelle.
Pour les directions formation, la leçon est stratégique : l'expérience d'apprentissage de demain sera conversationnelle, contextuelle et déclenchée au moment du besoin. Les dispositifs pensés comme des catalogues à consulter partent avec un train de retard sur ceux pensés comme des routines qui viennent vers l'apprenant.
Les budgets basculent : l'IA redessine l'équipe L&D en temps réel
Troisième volet, le plus brutal : 63 % des équipes prévoient d'augmenter leurs investissements dans la création de contenu par IA, loin devant tous les autres postes de dépense en digital learning. Et cet investissement se fait à somme non nulle : les budgets consacrés à l'externalisation et aux équipes internes de production sont les premiers rognés.
Côté effectifs, Fosway décrit une métamorphose en direct : les rôles centrés sur l'IA et sur l'analyse de données sont les seuls en forte croissance, tandis que les formateurs, les concepteurs pédagogiques, les graphistes et les consultants formation subissent une pression croissante sur les effectifs.
Il faut nommer ce qui se passe : la production de contenu de formation, historiquement le cœur de métier et le premier poste de coûts du L&D, est en train de devenir une commodité automatisée. Quand tout le monde peut produire 100 modules en une semaine, produire n'est plus un avantage compétitif.
Le chiffre vertigineux : 61 % pensent que l'IA peut remplacer 40 à 60 % de leur activité
Quatrième volet, et le plus stratégique. À la question "d'ici 2030, quelle part de ce que fait le L&D aujourd'hui pourrait être remplacée par l'IA tout en restant efficace ?", 61 % des équipes répondent entre 40 et 60 %. Et 93 % estiment qu'au moins 20 % de leur activité est automatisable. La profession elle-même anticipe l'absorption de la moitié de son périmètre actuel.
Mais Fosway apporte un contrepoint décisif : sur la grande majorité des cas d'usage, plus de 80 % des équipes ne jugent PAS l'IA "très efficace". Elle fait le travail, correctement, sur la production (traductions et génération de médias en tête). Elle reste en revanche décevante sur les applications les plus critiques : l'adaptive learning, le performance support, les compétences. Partout, l'humain reste significativement dans la boucle pour amener le résultat au niveau.
Notre lecture : l'IA industrialise le contenu, l'ancrage fait la différence
Mis bout à bout, les quatre volets racontent ceci : l'IA produit toujours plus de contenu, toujours plus vite, pour toujours moins cher. Le risque, déjà nommé par les professionnels du secteur, s'appelle le "bruit IA" : une infobésité de formation générée à la chaîne, que personne ne retient ni n'applique. Plus de contenu n'a jamais produit plus de compétences. À volume égal d'attention disponible, c'est même l'inverse.
La valeur se déplace donc vers ce que l'IA seule ne règle pas : faire que les savoirs essentiels soient retenus, transformés en réflexes et activés au bon moment sur le terrain. C'est une affaire de sciences cognitives, de répétition espacée, de routines adaptées au rythme de chacun et de mesure de la rétention réelle. Chez Cards, c'est notre terrain de jeu depuis le premier jour : l'IA accélère la conception de formations courtes et mémorables, et le moteur d'ancrage Learning Routine® se charge de ce que la génération de contenu ne fera jamais, l'ancrage dans la durée.
Les 40 à 60 % du L&D que l'IA va absorber, c'est la production. Ce qui restera, et qui vaudra de l'or aux yeux des directions générales, c'est la preuve que la formation change les comportements. Les équipes L&D qui prospéreront dans ce nouveau paysage ne seront pas celles qui produisent le plus, mais celles qui ancrent le mieux.
Source : Fosway Group, "Digital Learning Realities 2026", infographies "AI in Learning" volets 4 à 7 : Expectations and Drivers, Adoption, Impact on Investment, Effectiveness and Cost Opportunities.



